Eglise Sainte Agathe de Villers Allerand 

Article réalisé d'après le mémoire de Chantal Declercq

On retrouve dans les écrits du XIXème siècle sur le canton de Verzy, que l'église de Villers-Allerand, dédiée à Sainte Agathe, est la plus remarquable du canton : elle est a trois nefs voûtées et presque également élevées, flanquées de contreforts à l'extérieur. Elles remontent à  l'époque romane : le chœur a été notablement remanié au XVIème siècle ; les chapiteaux sont variés et curieux. La tour du clocher mesure 20 mètres de hauteur avec ouvertures romanes, surmonté d'un clocheton datant du XVIIIème siècle et du plus mauvais effet ; il remplace la flèche haute de 72 pieds, renversée par un ouragan le 20 septembre I725. 

L'église renferme trois autels, sous les vocables de Notre-Dame et des Saints Pierre, Nicolas et Sainte Barbe. Trois dalles complètement frustes se voient dans la chapelle de la Vierge. Sur des piliers de la nef, on lit l'inscription de Jean-Baptiste-Nicolas Guérin, chanoine de Reims, mort en I8I9. Tableau représentant le martyre de Sainte Agathe, peint par Louis Alexandre, né à Ecueil en I758, professeur au collège de Reims, mort en I857.

Dans le chœur, douze belles stalles en chêne sculpté du XVIIème siècle. En I684, l'église avait ciboire, calice, patène, soleil, burettes en argent, reliquaire de Sainte Agathe en argent ; 60 livres de rentes.

Datation approximative des parties architecturales de l'édifice:

- Nef, chœur, transepts : plus XIIIème siècle que XIIème siècle                           
- Abside : début XVème
- Contreforts nord : refaits au XVème siècle
- Clocher : incendié en 1825

 

 

 
 

Particularité de l'église : les chapiteaux

    Les chapiteaux des piles de l'arc donnant accès au sanctuaire représentent, au sud deux sirènes-oiseaux dans les angles de la corbeille, aux ailes déployées. De leurs serres, elles agrippent le tore qui fait office d'astragale. Sur la pile d'en face, au nord, les chapiteaux des colonnettes recevant les nervures de la voûte de la croisée représentent le martyre de sainte Agathe, sainte patronne de l'église de Villers-Allerand.
    Sur l'un des chapiteaux, un bourreau armé de tenailles arrache les seins de la sainte tout en la maintenant par les cheveux. Le chapiteau d'en face représente Sainte Agathe, assise, agressée par une armée de démons qu'elle tente de repousser, tandis que sur ses genoux se trouve avachi un homme dénudé dont les membres sont dévorés par les démons.
     Ces chapiteaux sont sculptés et non gravés; les formes sont pleines et les modelés biens rendus. Les visages des figurants et des sirènes sont lourds et carrés.

 

 
 

Sainte Agathe

- Sainte Agathe fut une vierge sicilienne, née à Catalogne au pied de l'Etna .Elle mourut en 251. Refusant de renier sa foi et de se marier, elle fut martyrisée sur l'ordre du préfet Quintianius. Sa première condamnation consista a être conduite dans un lupanar (maison close) par la courtisane Aphrodisias, elle y subit un viol rituel . Mais sa virginité fut préservée miraculeusement. C'est cette scène qui serait figurée sur le second chapiteau ou l'on voit Aphrodisia assise, poitrine dénudée, livrant sainte Agathe nue, allongée sur ses genoux, aux démons qui agrippent ses membres écartelés. Les démons, mi-dragons, mi-serpents figurent la luxure.

   L'histoire cependant ne parle pas de viol à proprement parler. La virginité de le jeune fille fut au contraire préservée grâce à sa vertu qui lui donna la force de repousser les tentations auquel elle fut soumise sur ordre du préfet. C'est ainsi que, confiée aux soins d'une courtisane efficacement secondée de ses filles, la sainte résista en effet à toutes les tentations charnelle et a toutes les séductions (or, richesses, bijoux, amants, voire amantes), qui lui furent infligés pendant trente jours. Dépitée de son peu de succès, la courtisane se plaignit au préfet en ces termes: "Je lui ai offert des pierres précieuses et les plus brillantes parures, des vêtements tissés d 'or; je lui ai promis des maisons et des terres voisines de la ville; j 'ai étalé à ses yeux tout le luxe de l 'ameublement le plus varié ; j 'ai mis à sa disposition de nombreux domestiques de l 'un et l 'autre sexe, et de tout âge, tout cela en vain." Après avoir subi, et vaincu, la tentation, Agathe fut emprisonnée. La sentence du nouveau jugement la livra au bourreau afin qu'il lui arrache les seins (symbole de la féminité) à la tenaille, ce qui fût fait entre autres supplices. Saint Pierre lui apparut alors dans sa prison et la soigna, et ses plaies furent guéries.

   Enfin on la fit mourir en la couchant sur un lit de tessons et de charbons ardents. Ces épisodes éclairent d'un jour nouveau la compréhension des chapiteaux consacrés à la sainte patronne de la paroisse: si le chapiteau de gauche évoque sans ambiguïté le martyre de la sainte, celui de droite pourrait évoquer la force d'âme de la sainte, victorieuse de la luxure symbolisée par l'homme dénudé et de ses démons. Un message fort est aussi passé ainsi aux fidèles car si la sainte, déjà trônant, étouffe les serpents, l'homme luxurieux est, lui, dévoré par ses propres démons; démons qu'il a contribué à créer contre la sainte.